Bernard Derrien, patron de Constructions Métalliques Ivoiriennes (CMI) : Des côtes bretonnes à la lagune Ebrié

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  • Date: mar. 0
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Bernard Derrien, c’est l’histoire d’une rencontre : celle d’un savoir-faire et d’une époque où tout était possible. Itinéraire d’un « Africain blanc ».

Le visiteur qui franchit le seuil de la superbe villa de Bernard Derrien, où l'entrepreneur a installé un cabinet particulier, est frappé par deux choses. L'édifice en lui-même, qui se dresse comme une publicité géante pour les matériaux métalliques ; mais aussi la riche collection de statuettes et d'œuvres d'art africaines qui font de son logis une sorte de musée habité.

Une partie de la personnalité de Bernard Derrien est dans ces deux indices. Il est un spécialiste des chantiers utilisant des métaux aussi divers que le fer ou l'acier. C'est à partir de ce métier de base qu'il a effectué une diversification qui fait de lui le propriétaire,  en Côte d'Ivoire, d'un groupe de sept entreprises, chacune d'entre elles étant autonome. Il est également un «Africain à la peau blanche» qui a fait l'essentiel de sa carrière sur un continent dont il a appris à apprécier l'esthétique singulière.

 

Le métal au cœur de sa vie

C'est à Bénodet, en Bretagne (côte ouest de la France) que Bernard Derrien voit le jour et il passe ses premières années à Lorient. C'est une ville entièrement détruite durant la Seconde Guerre mondiale puis totalement reconstruite. Une cité ouvrière entièrement consacrée à la construction navale. Tout naturellement, le jeune homme issu d'une famille modeste est orienté vers une formation technique. Après son baccalauréat, il monte à Paris où il intègre l'école des structures métalliques. Sa spécialité ? Les charpentes métalliques.

Après l'obtention d'un BTS et un diplôme d'ingénieur en 1966, vient le temps de chercher du travail. « Dans mon petit groupe de jeunes, il y avait ceux qui souhaitaient aller en expatriation. Parmi eux, mon meilleur ami qui est parti s'installer en Afrique. » Bernard retourne, quant à lui, en Bretagne, où il travaille dans une société nantaise spécialisée dans son domaine de prédilection. Au bout de cinq ans de carrière dans cette entreprise, il donne sa démission. « J'ai reçu le lendemain une carte de mon ami parti en Afrique. Il était en Côte d'Ivoire. Il m'a expliqué qu'il y avait beaucoup de travail dans ce pays et m'a proposé de me mettre en contact avec Pantz et Laon, une entreprise lorraine (est de la France) ayant une activité en Côte d'Ivoire. » Signe du destin ?

Après une petite escale parisienne, le jeune Breton arrive en Côte d'Ivoire en 1972. Jusqu'à 1978, il est directeur technique de la Société des Ateliers Métalliques de Laon (Samela), filiale du groupe lorrain. Par la suite, il est débauché par une entreprise concurrente, Safami, où il travaillera comme directeur général jusqu'en 1986, avant que le propriétaire, malade, lui propose de reprendre la société à son propre compte. Condition sine qua non : qu'il garde le même personnel. « C'était plus une opération affective, sentimentale que financière », se souvient-il avec le recul.

Bernard Derrien se remémore l'ambiance bien particulière de la période que l'on a appelée le « miracle ivoirien ». « Ce qui m'avait marqué, c'est qu'il y avait une activité florissante. On traitait quasiment toutes les affaires de gré à gré. Il y avait moins de concurrence, tout le monde avait du travail. L'insécurité et les embouteillages étaient quasiment inexistants. Le client arrivait, payait une bonne partie de sa commande et attendait que les choses avancent à leur rythme », raconte-t-il, se laissant aller au passage à une certain nostalgie : l'Abidjan du temps d'avant, les terrasses du Plateau bondées, l'insouciance…

 

Un homme d'affaires est né en Afrique

En 1987, Bernard Derrien crée sa propre société, qu'il appelle Constructions métalliques ivoiriennes (CMI). La crise économique commence. Mais elle ne le touche pas. « Les entreprises qui avaient un vécu donc un passif et qui n'avaient pas vu venir les choses, avaient de gros engagements à honorer. Elles ont périclité. » CMI n'a pas de mauvaise graisse et remplit son carnet de commandes. « On a beaucoup travaillé à cette période. On a fidélisé une certaine clientèle », explique l'entrepreneur.

C'est en 1993 que Bernard Derrien se lance dans une opération de diversification qui ne s'arrêtera plus. Suite à un appel d'offres lancé par le géant du thon Saupiquet, qui a besoin de 10 000 bacs à thon les quatre plus grands charpentiers métalliques de Côte d'Ivoire mettent de côté leurs rivalités pour créer Progalva et remporter le marché. Avec les gains, ils réalisent une vraie usine neuve à Vridi, la seule en Afrique de l'Ouest à protéger les aciers contre les effets de la corrosion dans les secteurs maritime, alimentaire et des télécommunications…

Quand le groupe français Vinci, qui s'occupait entre autres de l'entretien des quais au Port autonome d'Abidjan, décide de se retirer de la Côte d'Ivoire, Bernard Derrien est approché par les autorités portuaires. Un opérateur ivoirien doit reprendre  cette activité stratégique. Il accepte. L'entreprise Catram, qui  a travaillé à la réfection du quai fruitier avec… Vinci, est née. Avec le partenariat technique de la multinationale York, Bernard Derrien monte Afric Réfrigération, qui refait toute la climatisation du Palais présidentiel de Libreville, au Gabon. Sogertao, spécialisée dans la prestation de services de télécommunications (installation des réseaux de fibre optique notamment) naît d'une demande du directeur général de Côte d'Ivoire Télécom à la Fédération nationale des industries et services de Côte d'Ivoire (FNISCI) : il cherche un partenaire d'une certaine taille et d'une certaine technicité pour encadrer les nombreux petits prestataires existant déjà. Aujourd'hui, Sogertao fait bien plus que de l'encadrement.

Dans les périodes de crise comme celle que connaît la Côte d'Ivoire, le secteur des travaux publics, activité principale des entreprises de Bernard Derrien, souffre. Mais l'entrepreneur français a tenu. « Nous sommes restés en Côte d'Ivoire pendant la crise. Nous avons maintenu les emplois, même si nous avons souffert. Entre 1995 et 2002, nous avons connu une passe extrêmement difficile. Au plus fort de la crise, nous avons pu avoir un peu de travail, ce qui nous a permis de maintenir une activité acceptable et de reprendre des forces », confie-t-il.

Bernard Derrien est optimiste pour l'après-crise. Si l'initiative PPTE va au bout et si l'horizon politique s'éclaircit, il prévoit très rapidement des taux de croissance pouvant aller jusqu'à 8%. « La Côte d'Ivoire a une réactivité très importante. On l'a vu après la dévaluation. En plus, il y a une structure étatique qui fonctionne malgré tout. Aujourd'hui en 2010, nous avons des chantiers relativement importants. Mais notre grande préoccupation, c'est la visibilité. »

Théophile Kouamouo

 

Les propositions de Bernard Derrien pour assainir le secteur du BTP en Côte d'Ivoire

·        Nous sommes en période de crise, mais il y a tout de même quelques appels d'offres. Il faut rationaliser l'environnement des affaires. Des sociétés qui n'ont manifestement pas la capacité requise répondent aux appels d'offres. Il faut poser des garde-fous, notamment en limitant l'informel et  en s'assurant que les entreprises qui soumissionnent ont la capacité technique et financière de réaliser l'ouvrage.

·      Il faut relancer la formation professionnelle. Difficile aujourd'hui de trouver des conducteurs de travaux capables de gérer de gros chantiers et de rendre opérationnels dans des délais raisonnables les jeunes ingénieurs diplômés des grandes écoles ivoiriennes; nous souffrons énormément du manque de main-d'œuvre qualifiée à tous les niveaux.

·      Il faut que des structures financières ayant une bonne réactivité correspondant aux besoins du secteur privé soient créées pour permettre aux PME Ivoiriennes de se développer et de renouveler leur outil de travail afin d'être plus performant et de pouvoir soumissionner à des appels d'offres de plus en plus important.

 

Article extrait de Côte d'Ivoire Economie

 



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